LITTÉRATURE

Marion 13 ans pour toujours ~ Nora Fraisse

11 décembre 2015 / 7 Commentaires

marion13anspourtoujours

Résumé…

« Marion, ma fille, le 13 février 2013, tu t’es suicidée à 13 ans, en te pendant à un foulard, dans ta chambre. Sous ton lit en hauteur, on a trouvé ton téléphone portable, attaché au bout d’un fil, pendu lui aussi pour couper symboliquement la parole à ceux qui, au collège, te torturaient à coups d’insultes et de menaces. J’écris ce livre pour te rendre hommage, pour dire ma nostalgie d’un futur que tu ne partageras pas avec moi, avec nous. J’écris ce livre pour que chacun tire les leçons de ta mort. Pour que les parents évitent à leurs enfants de devenir des victimes, comme toi, ou des bourreaux, comme ceux qui t’ont fait perdre pied. Pour que les administrations scolaires s’évertuent à la vigilance, à l’écoute et à la bienveillance à l’égard des enfants en souffrance. J’écris ce livre pour qu’on prenne au sérieux le phénomène du harcèlement scolaire. J’écris ce livre pour que plus jamais un enfant n’ait envie de pendre son téléphone, ni de suspendre à jamais sa vie ».

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Mon Avis…

Ce témoignage, je voulais le lire depuis pas mal de temps. Beaucoup de personnes l’ont apprécié et ayant moi-même été victime de harcèlement scolaire, je voulais également rendre hommage à Marion et à sa famille afin que ceci cesse à jamais dans nos écoles.

Marion Fraisse était une adolescente comme toutes les autres. Très intelligente, courageuse et aimante envers sa famille. À l’école, elle avait de bonnes notes avant que tout ne devienne un véritable cauchemar. Dès le début, nous sommes plongés dans le récit de la maman de Marion qui nous raconte comment sa petite fille a mis fin à ses jours. Elle nous dévoile la vérité, nous conte aussi la réalité des choses sur ce qui se passe dans les écoles et comment sont vraiment les enfants entre eux. Cependant, Nora ne comprend pas pourquoi sa fille a pu pardonner à chaque fois les mauvaises paroles et mauvais comportements de ses bourreaux.

Son point de vue de maman est vraiment très touchant et j’en ai versé des larmes tellement sa douleur était profonde. Elle se pose beaucoup de questions sur ce que sa fille avait en tête, mais elle en vient à se dire qu’elle n’était peut-être pas une bonne mère puisqu’elle n’a pu empêcher un tel drame. Elle se remémore les derniers instants passés en compagnie de sa fille et essaye de trouver ce qui n’allait pas et de désigner un coupable.

Nous savons déjà tous qui sont les coupables. Le harcèlement scolaire existe depuis plusieurs années et il n’y a pas plus dégradant que de telles humiliations venant des personnes que l’on pensait être nos amis. Je vais faire un aparté sur ce que j’ai moi-même ressenti lorsque j’ai subi cela au collège. Quand j’y repense, les larmes me montent aux yeux, car ça fait toujours mal. Mais lorsque je vois ce que je suis devenue, le sourire me revient. Je suis parvenue à poursuivre ma route.

Lorsque je suis rentrée en sixième, j’étais toute seule. Mes amies de primaire étaient parties dans un autre collège et la seule meilleure amie que j’avais avait déménagé. Sans rien vous cachez, j’étais et je suis hyper timide et donc aller vers les autres n’était pas simple pour moi. Seulement, il y avait cette fille que je connaissais depuis la primaire, que je n’ai jamais aimée et qui a profité de mes faiblesses. Comme elle savait que j’étais seule et que je ne dirai rien, elle s’en est pris à moi.

En cours, elle ricanait derrière mon dos et à chaque fois que je levais la main pour parler, elle se mettait à pouffer de rire. Je ne disais rien, je subissais, mais à l’intérieur de moi, j’avais envie de lui mettre des claques. Alors que je rentrais chez moi accompagnée de ma mère, je l’ai vu sortir de l’immeuble où j’habitais, fière d’elle. Lorsque nous sommes passées devant notre voiture, celle-ci avait la carrosserie rayée et lorsque nous sommes allés relever notre courrier dans la boîte aux lettres, une crotte de chien avait été déposée à l’intérieur !

Parce que je ne supportais plus d’être traitée ainsi, je me suis réfugiée dans la solitude. J’ai ainsi passé une grande partie de ma scolarité au CDI. Là-bas, on me fichait enfin la paix ! Mes propres cousines m’ont également fait vivre l’enfer. Encore aujourd’hui, je ressens une boule au fond de la gorge lorsque nous sommes amenées à nous voir et à nous parler.

En rentrant en 5ème, je pensais que les choses allaient s’améliorer. Mais ce fut une illusion. Ce fut l’une des pires années de ma vie ! Mes cousines et une autre fille se sont liguées contre moi. J’étais remplie d’une envie incompressible de leur rendre leur monnaie de leur pièce…

A la maison, je ne montrais rien. J’aimais énormément écrire et cette passion m’a sans doute sauvée. Je me suis mise à la rédaction d’une fan fiction et la même année, j’ai commencé mon blog. L’écriture a réellement été salvatrice.

Mais chaque nuit, je revivais les souffrances que m’infligeais quotidiennement mes bourreaux. Leurs mots si blessants emplissaient mes rêves : « Justine le Rustique » ; « grosse vache » ; « bigleuse à grosse tête » ; « tu pus comme mon chien » ; « pauvre caniche » ; « tu n’auras jamais de mec, tu es tellement laide que tu les fais fuir » ; « va te faire mettre Gyrophare » (déformation de mon nom de famille) ; « ta mère est une grosse dinde, qu’elle rôtisse au cimetière » et j’en passe….

Durant toutes ces années, j’allais et venais chez la CPE, mais rien n’y faisait. Elles aimaient revenir à la charge malgré les avertissements, tout ça pour me mettre plus bas que terre, me faire éclater. Jusqu’à ce que je cède, que je devienne esclave de leurs méchancetés. Jusqu’à me faire perdre la raison et me donne l’envie de mettre fin à mes jours comme l’a fait Marion Fraisse. Comme quoi la vie d’ado peut être un véritable enfer !

Puis le temps du lycée est arrivé. Il m’a vraiment changée du tout au tout. Il m’a été très bénéfique. Je sais pertinemment que ce que j’ai subi au collège ne peut être comparé à ce qu’a traversé Marion, mais j’ai l’intime conviction que le harcèlement scolaire commence toujours un peu de la même manière… avant de se conclure par des actes parfois tragiques.

Je pense qu’il faut avoir vécu ce que Marion a vécu, pour bien comprendre le mal que ça fait. Les dégâts que ça cause également. Marion était une adolescente comme les autres : rondelettes certes, mais qui voulait simplement se faire des amis et étudier en paix. Elle voulait profiter de la vie et être heureuse, mais il y a toujours des personnes qui blessent, torturent et prennent plaisir à faire souffrir. Et il est fort regrettable que les pouvoirs publics n’agissent que lorsqu’une tragédie survient !

Le témoignage de la mère de Marion dénonce le mal-être qu’on peut ressentir quand on est victime du harcèlement, mais aussi tout le mal que peuvent faire les nouvelles technologies. Je vous recommande ce livre à 100 %, car j’espère sincèrement que cela fera réfléchir les gens afin d’éduquer leurs enfants en conséquence. Il faut vraiment que cette souffrance morale et physique cesse enfin.

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❧ TRUCS EN PLUS :

◦ Sortie en France en 2015.
◦ Nombre de pages :192.
◦ Publié en poche chez les éditions Le Livre de Poche et chez Calmann-Lévy.
◦ Chronique partagée sur L’Ivre de Lire.
*

 

Correction par L’Ivre-de-lire.

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7 Commentaires

  • Répondre Hinahon 11 décembre 2015 at 12 h 45 min

    Je comprends tout à fait ton histoire et ton article me donne envie de me pencher sur ce livre… J’ai été moi aussi victime de harcèlement… Au lycée, en première, un gars de ma classe a pris des photos de moi sans que je le sache et sur un blog sur le net, il a fait un avis de recherche avec ma photo marqué « monstre dévoreur d’élèves, recherché mort ou vif »… et bien sur il y avait des commentaires de plusieurs personnes (pas forcément que de ma classe) qui disait que j’étais immonde, grosse et que c’est tout ce que je méritais… Je n’allais déjà pas bien à ce moment là, je n’avais pas confiance en moi… Et ça a tout précipité, j’ai fini chez un psychiatre, sous anti dépresseurs et somnifères tellement ça me hantait… L’année d’après, comme il n’y avait qu’une classe de L dans mon lycée, il était de nouveau là…
    Et comme il était cancre et moi seule à mon bureau, les profs le mettaient à chaque fois à côté de moi, j’en pleurais à chaque fois. Puis les profs ont compris et ils ont arrêté de le mettre à côté de moi. Bien sur à l’époque où j’ai découvert les photos, ma mère m’a accompagnée pour aller porter plainte, mais comme tu t’en doutes, rien a été fait, le lycée lui a juste refusé sa demande d’internat…

    Le pire dans tout ça, c’est que ça n’a pas joué que pendant 2 ans… j’ai tellement perdu confiance en moi, qu’arrivée à la fac, il n’était plus là mais je faisais des crises d’angoisse à l’idée d’aller en cours, et je restais le reste du temps enfermée dans mon appart, les stores baissés, sans lumière, à tel point que j’en perdais la notion du temps…

    Il serait temps que la France comprenne enfin que c’est dangereux et qu’il est temps de protéger les victimes et pas les bourreaux.
    Merci pour ton article <3
    Passes une bonne journée.
    Amandine

    • Répondre Justine G. 13 décembre 2015 at 20 h 43 min

      Je te remercie pour ton excellent commentaire. Pour m’avoir raconté ton histoire. J’avoue que ce n’est pas facile d’en parler, on a toujours peur que les autres nous jugent ou autre et je pense qu’il faut en parler. Car c’est comme ça qu’on arrivera à faire bouger les choses dans la société.
      De rien c’était un réel plaisir de partager tout ça car faut qu’on arrive à se débarrasser de nos démons et ça, ça prend beaucoup de temps.
      Belle journée à toi aussi !
      Amicalement,

      Justine.

  • Répondre splendide-books 11 décembre 2015 at 22 h 20 min

    Il pourrait m’intéressait.

  • Répondre Suzy Bess 19 décembre 2015 at 8 h 05 min

    Je me retrouve beaucoup dans ce que tu as écris.
    Je suis extrêmement touchée par ta chronique (j’en ai les larmes aux yeux) et j’admire le courage que tu as eu de te relever, d’affronter tout ça.
    Il n’y a pas de mots pour décrire le harcèlement scolaire, c’est terrible de se dire que des enfants savent anéantir la vie d’autres enfants. Ca arrive de plus en plus et c’est une très bonne idée que ce témoignage ait été écrit. Il devrait faire parti du programme scolaire, étudié dans toutes les classes. Il a, en tout cas, l’air très intense.
    Merci pour ton avis et bravo d’avoir réussi à te relever.
    Tu as tout mon soutien en tout cas, et mon respect.
    Bises,
    😉

    • Répondre Justine G. 21 décembre 2015 at 17 h 13 min

      Je te remercie pour ce commentaire cela fait touche énormément. Cela n’a pas été facile pour moi de me faire une place au sein de la vie scolaire. Je peux même dire qu’aujourd’hui, je n’ai pas tellement d’amis que ça et je ne classe plus les amis que j’ai en statut de meilleur etc. Car je n’ai jamais eu de meilleur ami vu que la plupart m’ont déçu. La dernière que j’ai eu, m’a fait une sacrée crasse et rien que son comportement de gamine m’a montré qu’elle s’en foutait royal de ma gueule. Elle a été même jusqu’à me reprocher d’avoir choisit le même lycée qu’elle pour mon ancien BTS, bref je n’ai jamais comprit le pourquoi du comment de cette histoire. Mais une chose est sûre : je suis bien plus heureuse maintenant qu’il y a 3 mois et l’année dernière.
      Tout comme toi, je pense que ce témoignage est à lire au moins une fois d’en sa vie pour bien comprendre le mal que ça fait aux autres de faire tant mal. Juger les autres sans se juger soi-même c’est tellement égoïste et méchant que cela ne devrait pas exister. La plupart du temps, ça commence par de la jalousie sous différentes formes : j’ai plus d’argent que tes parents ; je porte des habits de marque mais pas toi ; j’ai de plus bonne notes que toi : t’es une intello mais tu restes quand même une mocheté. J’ai même une cousine qui elle c’était sa meilleure amie qui était jalouse qu’elle ne joue pas avec elle à la récré jusqu’à aller dire des méchancetés sur le physique. Certes ça fait toujours de la peine de voir que notre seule amie va voir ailleurs, mais faut pas non plus l’empêcher de vivre. Je trouve que dans les écoles y a plus autant de discipline pour faire régner l’ordre y aura toujours un groupe qui va faire des crasses. Après comme je l’ai dit dans ma chronique, cela vient aussi de l’éducation des enfants à la maison. Les enfants jeunes, ça copient les grands etc et veulent faire pareils donc quand ils entendent des choses méchantes, ça rentrent très vite. En tout cas, j’espère sincèrement que ma chronique aidera d’autres personnes souffrant de mal-être à l’école.
      De rien et à très vite !
      Bises

  • Répondre Clara 22 décembre 2015 at 12 h 42 min

    Je n’ai pas vécu l’harcèlement scolaire. Ça doit être quelque chose d’horrible. Même si je ne l’ai pas vécu, je ne le tolère pas. Je travaille en tant qu’animatrice et je sais que les enfants qui peut paraître tout innocent sont parfois très méchants entre eux. Je suis de tout coeur avec ceux qui doivent vivre avec ça. Il faut en parler et qu’ils soient entourés pour éviter ce genre de drame…

    • Répondre Justine G. 22 décembre 2015 at 12 h 56 min

      merci pour ton soutien. Je suis d’accord que les enfants sont souvent méchants entre eux. Dès qu’il y a un truc qui ne leur plait pas, hop ça fait du mal. Tout est dans l’éducation que donne les parents et que l’éducation National doivent mettre en place un truc dans les écoles pour leur faire comprendre dès le plus jeune âge !

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